Qu'est-ce que le Kemari, l'ancêtre du football japonais ?
Quand on pense aux origines du football, on imagine souvent les grands récits européens ou les belles phrases, comme celle de Cantona :
"Les anglais ont inventé le football, les français l'ont organisé, les italiens le mettent en scène."
Pourtant, bien avant l'ère du sport moderne, le Japon pratiquait déjà un jeu de balle au pied vieux d’environ 1,400 ans : le Kemari. Hérité d’une influence venue de Chine, ce rituel codifié s’est imposé comme un art de cour, au point d’être encore pratiqué aujourd’hui lors de cérémonies et de démonstrations traditionnelles.

Qu'est-ce que le Kemari ?
Le Kemari est un ancien jeu japonais de balle au pied. Contrairement au football moderne, il n’oppose pas deux équipes et ne cherche pas à désigner un vainqueur. Le but est collectif : les joueurs coopèrent pour garder la balle en l’air le plus longtemps possible, sans qu’elle touche le sol. Dans sa forme classique, huit participants se placent en cercle et se renvoient la balle avec contrôle, souplesse et précision.
Le jeu se déroule sur un espace carré appelé mariniwa. La tradition veut que quatre arbres marquent les coins du terrain : un pin, un cerisier, un saule et un érable. Les joueurs, appelés mariashi, portent des vêtements inspirés de la cour impériale et accompagnent parfois leurs gestes d’exclamations rituelles comme "Ari", "Yaa" ou "Ou".

Quand est né le Kemari ?
L’Agence impériale japonaise indique que le Kemari serait arrivé au Japon depuis la Chine durant la période Yamato, il y a environ 1,400 ans. Des sources universitaires japonaises relèvent par ailleurs une mention d’un jeu de type Kemari dès l’an 701, tandis que les documents de cour du milieu de l’époque Heian (794-1185) montrent que cette pratique était déjà bien installée dans la culture aristocratique.
Autrement dit, le Kemari appartient à un passé très ancien. Il ne s’agit pas d’une invention contemporaine reconstituée après coup, mais d’une tradition dont la mémoire écrite, les règles et la mise en scène ont traversé les siècles. Le FIFA Museum souligne même que le Kemari fait partie des très rares jeux antiques connus pour avoir été pratiqués exclusivement avec les pieds.

Le Kemari est-il encore pratiqué aujourd'hui ?
Oui, le Kemari existe toujours ! Il n’est évidemment plus pratiqué comme un sport populaire du quotidien, mais comme un héritage culturel vivant. Il est encore présenté au public lors d’expositions spéciales au Palais impérial de Kyoto ou d'autres temples.

⭢ Par exemple, tous les 4 janvier, le sanctuaire Shimogamo-jinja organise la cérémonie officielle de Kemari.
Peut-on dire que le Japon a inventé le football ?
Disons-le proprement : non, le Kemari n’est pas le football moderne au sens strict.
En revanche, on peut tout à fait dire quelque chose de plus fort et de plus intéressant : le Japon possédait déjà, il y a plus d’un millénaire, un jeu raffiné de balle au pied, ritualisé, codifié et profondément ancré dans sa culture. C’est précisément pour cela que le Kemari donne l’impression de voir apparaître, dans un autre monde et selon une autre logique, une très ancienne forme de football japonais.